Je regardais tranquillement un petit documentaire ARTE sur les femmes chinoises mal aimées.
Les images défilées et mon empathie prenait un coup au cœur pour ses femmes pressurisées pour le mariage à tout prix. Pressurisées par la famille, les copines, le corps médical, les agences de rencontres.
Ah, leurs libertés de choix mises aux bancs de la propriétés publique ! Si tu es une femme forte est indépendante tu fais peur à ses messieurs, si ton âge dépasse les 35 ans tu es trop vieille pour avoir des bébés et si tu n’y arrives pas, c’est que quelque chose cloche chez toi et si tu ne veux pas tu es égoïste. Tu te fiches du « qu’en dira-t-on » que va subir ta famille.
Franchement, énervée et triste pour elle, je m’entends penser « vraiment pas facile la Chine pour les femmes, bonjour la pression ! ». Et là, je me dis mais attends un petit peu, on a ça nous aussi avec le fameux « Tu vas devenir vieille fille, si tu continues comme ça ».
Cette expression m’agace car je lis en filigrane toutes les injonctions qui sont posées sur les épaules des femmes (ou des filles ? On ne sait plus trop). Plus je cogite et plus je suis forcée de constater qu’en Chine ou ailleurs, les femmes font face aux mêmes pressions insidieuses.
Vieille fille de quoi, comment ? Si je continue comme quoi ? Notre existence était-elle juste pour les autres ? ou se définit-elle par la présence de l’autre ?
Démarrons, avec maintenant, la traditionnelle séquence définition.
MOMENT DEFINITON
Les définitions francophone et anglosaxonne se conjuguent parfaitement « Vieille fille : femme mûre non mariée »[1].
“An old maid: an unmarried woman who is past the usual age of marriage».[2]
Ces définitions sont les plus consensuelles et officielles, mais il en existe pléthore, construites de manière plus subjective[3].
GO COGITO
Quand ce terme est utilisé pour qualifier une femme, il s’y cache une critique, un jugement, de la pitié, de la fausse compassion.
Dans toute cette agitation réflexive, énormément de choses m’agacent face à cette phrase banalisée.
La première « Vieille fille » ? le mot fille, maid ! Déjà la société considère, qu’une femme d’un certain âge non mariée n’a pas le droit à la reconnaissance de son état d’adulte. Une infantilisation avec une discrète violence.
Alors, on parle un peu de la discrimination par rapport à l’âge ?! Peut-on définir vieille ?
Puis, le statut d’adulte d’une femme se définirait en fonction de la présence d’une autre personne dans sa vie dont le lien est officialisé juridiquement ?
C’est quoi le message sous-jacent ? Tu es une enfant tant que tu n’es pas mariée. Comment ça se passe ? Une femme sans mari serait une femme sans majorité encore ? Si elle est considérée comme une fille, on va la mettre sous tutelle ?
En plus, pourquoi cette approche presque que de pitié ou de blâme parce qu’elle n’a pas su décrocher ou retenir un homme au point qu’il veuille l’épouser.
C’est sûr, elle doit être trop exigeante, insupportable ou elle a un truc qui ne tourne pas rond ?
CE QUE J’EN DIS
Encore une pression rageante qui s’ajoute à la montagne des exigences sociétales adressées aux femmes.
Pourquoi, le mariage doit être une condition « sine qua none » de sa construction identitaire ?
Et pourquoi, si on ne se marie pas, la société part du postulat que ce n’est pas choisi ?
Et ce qui m’irrite derrière cette phrase, c’est la culpabilisation et le sentiment de reproche qu’elle génère.
Pourtant, on le sait une femme n’a pas besoin d’un homme pour s’assumer et s’inscrire dans le monde. On est capable d’assurer sur tous les plans sans qu’on nous tienne la main.
En plus, derrière ; ce côté « elle est difficile, elle n’a pas su en garder un», qu’est-ce qu’on sous-entend ?
Une femme doit remplir des critères de comportements et de canons de beauté pour mériter l’attention d’un homme, qui choisirait de la demander en mariage ?
Cette phrase révèle un schéma déjà initialement (pour moi) incompréhensible mais archaïque : les femmes doivent se comporter d’une certaine manière, remplir des critères pour attirer l’intérêt suffisant d’un homme pour se marier ainsi elle sera libre de se définir publiquement comme une femme adulte, responsable et respectable.
Mon fil de pensées continue de se dérouler et je m’interroge sur le pendant masculin.
Alors on ne dit pas d’eux, vieux damoiseaux, ou vieux garçons mais plutôt des tanguys ou des geek.
GO GO COGITO
Et oui, les hommes subissent cette pression du mariage et de devoir trouver la bonne. Selon les cultures et pays, la question d’être un bon parti se pose à différents degrés.
On pose clairement le rôle du pourvoyeur de ressource. Tout le monde s’inquiète qu’il ne trouve personne car qui s’occupera du petit oisillon très intelligent mais introverti quand les parents ne seront plus là ?
Et là, je réalise à quel point, que même sous la pression, pour le même sujet les approches ne sont pas les mêmes.
Pour les hommes, on les situe purement et simplement au niveau du matériel.
Par contre, on ne questionne absolument pas sa légitimité d’être un adulte à part entière même s’il n’a pas d’épouse. On peut parfois même ressentir une vraie compassion dans la phrase souvent entendue « il n’a pas eu de chance, il n’est pas tombé sur une gentille fille ». Encore ce mot fille !!!
Le message (pour moi) subliminal est que s’ils fournissent la sécurité matérielle ils pourront exiger de madame ce qu’ils veulent parce qu’eux l’auront choisi pour ses qualités de maitresse de maison et d’amante. Pour eux, on ne remet pas en cause ses capacités de séduction, son intelligence ou son niveau d’exigence.
Et mesdames, soyez heureuses d’avoir été assez performante dans l’art de la séduction pour faire mettre un genou à terre à un homme.
Soyez heureuse de reproduire un schéma intériorisé où l’on fait croire aux femmes qu’elles ne seront complètes qu’avec un Monsieur ayant une bonne situation.
Et messieurs, soyez fier d’avoir une situation financière suffisante pour avoir le choix de votre future femme, amante, ménagère, psychologue, … à domicile.
Voilà le découpage de départ qu’on répète et légitime avec des phrases anodines et détruisant la capacité intérieure de chacun.e d’être épanoui.e, heureux.se seul.e ou à plusieurs, peu importe l’âge.
L’indépendance, la solitude, le couple, l’amour, le respect des êtres humains, le mariage autant de combinaisons sont possibles. Il existe 8 milliards de définitions du bonheur.
Prenons conscience, que nous tuons le potentiel de bonheur de chacun.e et que nous provoquons un mal être aussi bien chez les femmes que chez les hommes en voulant encore une fois les enfermer dans des schémas sociaux genrés.
[1] https://langue-francaise.tv5monde.com/decouvrir/dictionnaire/v/vieille%20fille
[2] https://dictionary.cambridge.org/fr/dictionnaire/anglais-francais/old-maid
[3] https://www.plurielle.ma/cest-in/on-smotive/perso/micro-trottoir-cest-quoi-une-vieille-fille/
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