D’un traumatisme individuel à la volonté collective
On A Toutes Une Voix incarne un projet nourri par la conviction d’une vie entière. La mienne, Lydia Djarane. Tout commence lorsque je suis encore au lycée. J’accompagne une personne proche confrontée à un mariage forcé. Désemparée, en colère et bouleversée par notre impuissance, je me promets de lutter pour que cela ne se reproduise jamais.
Je me forme, mûris sur le genre, la violence, le sexisme. J’agis, teste, crée. Toujours guidée par ce « plus jamais ça ».
Je crois qu’il faut accomplir de grandes choses pour être utile. Être ordinaire parmi des milliards d’êtres humains, ce n’est pas suffisant. Jusqu’au jour que je réalise que c’est pourtant de l’ordinaire que naissent es actions et des avancées exceptionnelles. Pas parce j’invente, innove ou révolutionne. Mais parce que je suis légitime, je vis et sais comme d’autres milliards de femmes.
Je nous appelle les « supers madame tout le monde ». Celles qui font tourner le monde et sur lesquelles on pose un voile d’invisibilité.
Pour moi, initialement il s’agissait d’une pulsion vitale : il fallait questionner ces injustices, mettre des mots dessus, et oser porter sa voix — ainsi que celles de toutes les femmes « silenciées ».
Ainsi naît On A Toutes Une Voix, d’abord sous la forme d’un blog créé en 2022, structuré en plusieurs rubriques complémentaires. Puis, inspirée par le livre de Fatima Ouassak, offert par un ami, j’approfondis ma réflexion de « madame tout le monde ». Je réalise que ce n’est pas que les femmes ne prennent pas la parole, qu’elles n’essaient pas d’investir le débat public. Bien au contraire, les formes de prise de position sont multiples et l’oralité et complétement assumée mais c’est l’écoute, le souci.
Ou plutôt l’absence d’écoute ou une écoute défectueuse, trop minime et contre-productive.
L’envie de remédier à cette ignorance collective, faire davantage, et plus fort, me pousse à fédérer une équipe autour de ce projet en gestation depuis plusieurs décennies, jusqu’à sa concrétisation en novembre 2025.
OATUV pour les mêmes libertés
On est des voix parmi des milliers, avec des profils, des vies, des histoires, des traumas, des forces et des compétences différentes. Pourtant, le patriarcat nous a fait oublier l’essentiel : que nous sommes toutes légitimes, que nous ne sommes pas seules, que le chemin vers nos libertés est encore long, et que notre plus grande force réside dans ce que nous accomplissons ensemble. C’est ainsi que nous devenons les héroïnes du quotidien, les héroïnes de demain.
Et c’est précisément parce que nous sommes nombreuses et différentes que l’égalité ne peut se construire seule : elle doit être portée par toutes nos voix, qui se rejoignent et se soutiennent. Mais le traitement médiatique des mouvements féministes nous pousse souvent à oublier cette réalité : il nous enferme dans des représentations polarisées, réduit nos luttes à des conflits, et occulte la richesse et la diversité des voix qui œuvrent chaque jour pour l’égalité. Toutes les femmes – cisgenres, LBTIQ+, de toutes origines, nationalités, croyances et spiritualités – et tous les hommes – cisgenres, GBTIQ+, de toutes origines, nationalités, croyances et spiritualités – à travers le monde, ont pourtant leur rôle à jouer dans cette mobilisation commune.
Parce qu’au fond, nous voulons juste avoir les mêmes libertés et les mêmes choix, ni plus, ni moins. La liberté de ne pas craindre l’agression, la liberté de ne pas avoir à choisir entre carrière et vie personnelle, la liberté de ne pas penser à où se placer dans les transports pour ne pas être importuné.e, … La liberté de se sentir en sécurité, valorisé.e et entendu.e.s. .
On A Toutes Une Voix existe pour toutes nos voix et la valeur de chacune. Chacun.e a le pouvoir d’apporter sa pierre à l’édifice de l’égalité des droits et des libertés de genre, et c’est dans cette construction collective que se révèlera la puissance et le rayonnement du respect fondamental.
