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Edwige, la femme du « bien sûr ».

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bouche Edwige

En répondant aux questions de mon interview, elle nous partage son histoire autour de la construction de son féminin.

Il était une fois, Edwige 35 ans, une femme à la double culture géographique (métropole et Antilles), Infirmière de profession, maman solo d’un enfant de 5 ans et super fan de sport atypique.

Elle grandit au sein du royaume de la France occidentale. Elle y construit son identité féminine aussi bien à travers sa famille que de son environnement social et professionnel. Avant d’être femme, elle était jeune au caractère rebelle et bien trempé. Une jeune personne se cherchant en répondant aux exigences de ses pairs, en testant les limites à travers ses bravades.  Petit à petit, de manière progressive et presque inconsciente, elle réalise sa féminité à travers de touts petits riens. De micro-agressions imperceptibles ou banalisées à force d’encaisser.  

Sa mère lui adresse une demande anodine plutôt à elle qu’à son frère, parce que c’est un homme et qu’il ne saura pas gérer. Une autre fois, elle fait face à une agression verbale violente alors âgée de 19 ans dans le bus parce qu’elle avait osé porter une jupe. C’est au détour de ce type de situations qu’elle commence à sentir que cette identité de jeune femme a un goût particulier. Quand je lui parle de violence même psychologique, elle en arrive à prendre les choses à la rigolade même si elle ne plie pas. Comme un mécanisme protecteur, une carapace forgée inconsciemment.

 Son affirmation quoiqu’il en coûte, la mène, par pallier son identité de femme.

Dans le monde d’Edwige, la parole est franche et directe, les actions à la hauteur des coups qu’elle prenait. Elle ne fait aucune concession « j’harcelais mes harceleurs ».

En effet, elle a fait de ces injustices sa force de caractère. Derrière son apparence frêle, ses propos sont empreints de puissance, « elle ne baisse jamais les yeux et se positionne et traite les hommes comme ses égaux même quand on attend d’elle une soumission silencieuse ».

Elle se remémore avec un fier sourire son expérience dans un cabinet d’O.R.L, dans lequel ses collègues et les médecins s’attendaient à ce qu’elle produise un pot de café pour eux et qu’elle use un langage particulier pour s’adresser aux médecins.

Elle ne céda pas et fit un effet de surprise en résistant à cette pression pour ne pas endosser un rôle de servante « naturelle ».

Cette jeune femme qui se recherchait, un jour tomba amoureuse et devint mère. Ce fut son point ultime de bascule où elle passa de jeune femme à femme assumée. Une adulte responsable d’autrui. Responsable d’une vie qui la fera relever ses plus grands défis de femme et qui lui apportera les clés de compréhension des paroles de sa mère. « Les hommes ne savent pas gérer ».

Bien que l’organisation du royaume de France occidentale soit rarement propice au libre choix éducatif, elle a persisté dans ses choix pour son fils, elle a livré une résistance face aux institutions. Elle a fait appliquer son droit à allaiter, son droit de favoriser le portage quitte à balayer les reproches des professionnel·le·s pointant leurs difficultés sur le terrain. Son plus grand défi et accomplissement ont été atteints : « je suis restée droite dans mes bottes pour ce que je voulais apporter à mon fils ».

Les années défilent et son expérience de maman aiguise sa vision et sa critique du monde qui l’entoure. Elle a désormais une vision globale de ce que peut être la condition des femmes en France et ailleurs.

En France, « on n’est pas si mal lotis, bien sûr, qu’il y a des tas de choses qui peuvent être améliorées aussi ».

Toutefois, avec son verbe acerbe, elle partage volontiers sa critique et son sentiment de perdition face à la société, son organisation et son rapport au genre.

Elle m’entraine dans un tourbillon de réflexions ponctué de « bien sûr » aidant à relativiser ses propos. « On entend tous les discours et débats. Je trouve les féministes assez extrémistes et que certaines de leurs batailles ne sont pas les miennes. Il y a plus urgent que les histoires de poils ou d’écriture ».

Elle en dénonce parfois les risques de retour de bâtons et questionne la masculinité laissée en jachère. Elle parle alors de l’homme soja, le féministe bobo gauchiste détourné par l’extrême droite.

Elle prône haut et fort le droit à liberté de toutes et souhaite que les mouvements féministes et le gouvernement arrêtent de se prononcer pour d’autres femmes.

« Si je peux me balader en bikini, je suis contente que d’autres puissent se balader en burkini. »

En résumé, Edwige femme, ne s’identifie pas dans les revendications féministes modernes. Elle souligne la schizophrénie de la rencontre entre les injonctions reposant sur les épaules des femmes et la réalité.

Comment peut-on attendre l’égalité et l’équité si on laisse le mépris des hommes pour ce que font les femmes, s’ancrer ? Alors qu’aujourd’hui, au nom du genre, les hommes n’assument plus aucun rôle et peuvent se barrer sans être blâmés ?

Comment faire pour que les femmes stoppent cette posture de victime et assument aussi leur rôle dans ce système patriarcal qui se répète ?

Parce qu’elle le clame « une femme c’est fort de facto, plus fort qu’un homme ! Nos maisons c’est comme une entreprise faut que ça tourne et c’est pas eux qui feront tourner l’entreprise. »

A présent, Edwige en ressort avec ses enseignements, ses évidences et ses messages :

« Une femme forte c’est une femme. », « Ma force c’est ma capacité à toujours me relever, ma résilience ».

A toi mon fils : « la femme est l’égale de l’homme » et à toi Edwige adolescente si je pouvais te parler je te dirais « Vis pour toi et pas à travers les yeux des autres » et à nous toutes « je crois que la condition des femmes va s’améliorer mais quand ? ».

Peut-être le jour, où on acceptera de s’écouter et d’unir nos voix sur ce qui nous rassemble.

Aujourd’hui, à travers ses investissements personnels et sociétaux, Edwige continue quotidiennement à porter sa voix pour ce qui lui semble important afin d’œuvrer pour un monde un peu moins pourri pour son fils, son point de bascule…

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