C’est parti pour un hebdo cogito plus perso mais qui quelque part, prolonge les tempêtes de cerveaux des précédents.
Je viens de reprendre le travail après un an de congé parental. Force est de constater qu’à travers différentes réactions, réflexions et questions bienveillantes, la dévalorisation du travail domestique et de l’éducation des enfants est, de mon point de vue, désespérante.
J’avoue que cet hebdo cogito va peut-être avoir un goût d’indignation viscérale et émotive même carrément personnelle.
Commençons par le commencement : la recherche de définitions dans le Larousse et son versant anglo-saxon, parce que c’est plus funky.
Moment définitions
Alors je cherche parent au foyer, on me suggère père au foyer. Comme si le côté responsable de cette mission n’était relié qu’au père. Et la seule définition de père au foyer est celle de notre ami wiki. Donc je cherche mère au foyer.
Larousse nous informe très succinctement « Femme, mère au foyer, qui n’a pas d’activité professionnelle »[1].
Le site des sciences humaines l’étoffe un peu.
« Femmes au foyer » : la définition est claire. Il s’agit de femmes non étudiantes, vivant en couple et inactives (elles n’exercent pas d’activité, mais ne sont pas au chômage), âgées de 20 à 59 ans. C’est la définition utilisée dans une récente étude de l’Insee qui met en lumière l’hétérogénéité dans le temps de cette catégorie. »[2]
Forcément quand je lis cela, l’adjectif « inactive » me blesse un petit peu.
La version anglo-saxonne est toute aussi courte mais définit un parent au foyer: « stay-at-home parent takes care of their home and children rather than going out to work. A stay-at-home mother/father/parent »[3].
L’idée du soin est certes présente, ok et je passe sur le « préfère au lieu de ». Mais même ces définitions décevantes, j’ai eu un mal fou à les trouver. Cela étant, je n’ai pas poussé ma recherche aux travaux universitaires où je pense que j’aurais certainement trouvé pléthores de définitions sociologiques. Mais chez le commun des mortels, c’est comme si que cela n’existe pas, n’avait pas de valeur ou d’intérêt descriptif.
Toutefois, dans ce parcours de recherches je tombe sur des articles posant la question de la nature du travail des femmes au foyer, la définition d’un foyer (en général ça tient chaud), je découvre un métier de housemother aux USA et surtout la fameuse, la fabuleuse question :
Être femme au foyer, un vrai métier ?
GO COGITO
Ne nous énervons pas et cogitons constructivement. Je prends du recul sur mes émotions. Malgré tout, ma conscience et ma logique hurlent à l’injustice.
Pourquoi ce dénigrement constant ? Pourquoi doit-on effacer la victoire quotidienne de l’insupportable parfois qualifié de l’impossible ?
Je crois que ce qui me perturbe le plus, dans la vacuité de ces définitions, ce sont les choix de termes péjoratifs : inactive, « choisir de rester à la maison au lieu de ».
Une négation à l’état pur de la quantité et la qualité du travail essentiel, fondamental pour l’humanité : créer et entretenir un foyer, être le pilier et symboliser le cadre d’une structure que beaucoup de monde souhaite prospère. Et pourtant, on questionne encore si c’est un vrai travail ou on l’associe à la paresse, au flegme, à la fainéantise.
CE QUE J’EN DIS
J’en ai absolument marre de l’image péjorative qui colle à la peau à l’un des plus vieux métiers du monde Directrice de p… de cellule familiale ou Directeur des opérations.
Et en plus, oui cela peut être une source d’accomplissement et d’épanouissement n’en déplaise à certains ou certaines et non cela ne veut pas dire que nos neurones ne fonctionnent plus. Je vous rassure au contraire ça turbine.
Ce ne sont pas des tâches et des missions dénuées de réflexions et de développement de compétences.
On est au taquet des compétences psycho-sociale et managériales !
Oui il y a une bonne dose d’abnégation que certain.e.s ont qualifié d’inhumaine lors d’une expérience « fake job, fake interview ».
Cette initiative consistait à professionnaliser sous forme d’offre d’emploi le métier de mère. Des entretiens furent tenus et menés par un homme. Les réactions reconnaissent le caractère insurmontable, inhumain et incroyable des missions présentées.
Les témoignages de reconnaissances sont touchant mais fugaces. Cette vidéo et sa durée d’impact limitée continuent à me tarauder.
GO GO COGITO
Enfin j’arrive à mettre le doigt sur le point que je souhaite encore aborder. Je prends conscience que la valeur des énergies, mises au profit du développement d’un foyer, est encore invisibilisée ou détournée.
En effet, cette perception n’a que trop peu évoluée et que les évolutions se sont faites par différentes voies mais jamais vraiment pour les femmes.
Par exemple, les multiples profils des mères influenceuses sont devenues expertes pour les autres mères (pas assez compétentes) du monde. Oui elles glorifient cette position de la mère au foyer mais au passage, elles la rendent inatteignable. En effet, animées par l’image système, elles créent ou accentuent avec leurs approches « courses à la perfection » un sentiment d’échec : le sentiment du « pas assez », la culpabilisation en force, quoi !
Dans cet amas de responsabilités et de charge mentale, rares sont celles qui ont réussi à mettre un cœur de bienveillance dans cet exercice des réseaux sociaux.
Sinon, la minime part des pères au foyer, criant leur souffrance, leur mal être d’être dévalorisés ou incompris dans leur démarche mobilise un peu. Ça fait couler un peu d’encre.
Tant que ces les femmes qui s’y collent, elles peuvent crier, hurler, partager leur burn-out, leur souffrance, la réponse sociétale est l’indifférence et le va de soi, aussi visible qu’un éclair inattendu.
Cependant, les hommes ça mobilisent un peu. Rien que leur existence fait d’eux des êtres incroyables et admirables d’endosser un rôle aussi ingrat ….
Si seulement, il pouvait y en avoir plus des comme eux …. Ben il y en a des millions mais ce sont des femmes…. Et non elles ne sont pas en vacances et ne font pas de sieste. Souvent elles sont réveillées avant tout le monde et couchées les dernières, faut que ça roule un foyer !!!
Je souhaite juste que l’image de la bobonne sans ambition ou qui gâche sa vie/son potentiel en étant femme au foyer s’efface et qu’on l’adresse la même admiration que l’on confère à ces hommes au foyer révolutionnaires.
Je pense que si un combat féministe doit être mené, de toute urgence, est bien celui de rendre visible les héroïnes de l’ombre et de consacrer un vrai projet gouvernemental, pour ne pas dire mondial, de reconnaissance et de sécurisation de leur statut.
Il faudrait qu’on cesse de le payer par notre anxiété de ne pas être assurées d’un revenu, par le sentiment de honte de ne pas être assez, par la pression de devoir s’accomplir autrement pour être reconnues/considérées, par notre culpabilité de notre humanité.
Je rêve du jour, où on n’aura plus à dépenser une énergie folle pour affronter l’anonymat et le dédain qu’on nous sert au détour de phrases anodines ou d’indifférence affirmée.
[1] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/foyer/34920#:~:text=Femme%2C%20m%C3%A8re%20au%20foyer%2C,a%20pas%20d’activit%C3%A9%20professionnelle.
[2][2] https://www.scienceshumaines.com/femmes-au-foyer-de-toute-eternite_fr_32017.html
[3] https://dictionary.cambridge.org/dictionary/english/stay-at-home
Image de upklyak sur Freepik
