Le sujet d’aujourd’hui a émergé en deux temps.
En fouinant dans ma bibliothèque, je tombe sur le titre d’un livre que je dois et veux lire depuis longtemps « Men who hate women » (Les hommes qui détestent les femmes).
Ce titre me renvoie à une vieille discussion avec un collègue sur le phénomène « Incels ».
Le train des souvenirs continue, je me rappelle que j’avais évoqué ce phénomène auprès de deux copines. Elles le découvrent à travers mon récit.
Alors je me suis dis allons donc, un sujet qui mérite bien quelques lignes et un peu de cogitum.
Mais soyons honnête, ce n’est pas un sujet que je maitrise vraiment (mis à part quelques articles par-ci par-là). C’est pourquoi je me suis dit : lance toi dans l’exercice de la tempête de cerveau à chaud et de le contrebalancer dans un prochain article à froid.
Démarrons, avec maintenant, la traditionnelle séquence définition.
Moment définitions
« Incel est un mot-valise pour « Involuntary Celibate » (célibataire involontaire). Les Incels sont persuadés que leur incapacité à avoir des relations sexuelles est due à des facteurs génétiques, des processus évolutivement prédéterminés de sélection du partenaire, ainsi qu’aux structures sociales »[1].
« Ils pensent que les femmes ne les trouvent pas séduisants et qu’elles ne s’intéressent qu’aux beaux « mâles alpha » (également appelés « Chads »). Fréquemment mentionnée chez les incels, la « règle 80/20 » signifie que les 20% des hommes les plus attirants ont monopolisé 80% des femmes. Depuis 2014, aux États-Unis et au Canada, plusieurs incidents publics violents (fusillades de masse) ont été liés aux incels ».[2]
A travers les quelques articles parcourus, on comprend l’extrémisme de cette communauté banalisant le viol, faisant l’apologie du masculinisme et de la misogynie, développant une radicalité violente.
A savoir que le point de départ, de cette dérive, est la création d’un site internet d’une femme canadienne en mal de relations amoureuses. Elle désirait simplement créer du lien avec des personnes vivant la même difficulté. Très loin d’elle, l’idée de constituer un mouvement agressif et décentré[3].
Bien que je condamne absolument et indubitablement chaque mots (maux) ci-dessus, je ne peux m’empêcher d’essayer de comprendre les origines, les racines de ces violences.
GO COGITO
Ce public se plaint d’un célibat forcé à cause du dédain des femmes à leur encontre.
Pourquoi le besoin pressant d’être en couple ? Pourquoi sentent ils la nécessité de se définir via une relation amoureuse ? et Pourquoi la non atteinte renvoie à un sentiment d’échec ? De ne pas arriver au bonheur commun ?
Selon les plus extrêmes, les femmes devraient accepter de coucher avec eux parce qu’elles sont destinées au plaisir des hommes d’où leur banalisation du viol.
Donc on qualifie la notion de couple principalement par l’aspect charnel ? Être en couple c’est de pouvoir avoir des relations sexuelles à sa guise ?
Alors face à cette injustice qui leur ait faite, ils s’octroient le pouvoir de l’insulte, de la haine et réclament un droit sur ces corps féminins. Alors là, je me dis encore une fois, les femmes sont perçues comme des objets réceptacles de la « sainte » virilité masculine…
Quelle est l’image qu’ils se sont construit de la femme ? des femmes ?
L’ont-ils construit seuls ? ou ont-ils bien été aidés par la société ?
CE QUE J’EN DIS
Sans en aucun cas excuser leurs comportements ou leurs actions, je ne peux me retenir de penser deux choses.
La notion de couple est une norme sociétale. Si cette norme n’est pas accomplie, elle devient factrice de complexes et de mal être.
Très souvent j’ai été la cible de petites remarques anodines pendant mon célibat car il était jugé trop long ou risqué. En effet, ne pas être en couple à un certain âge pouvait impliquer une difficulté à attirer, donner une image de moi instable, pas honorable.
Et d’une certaine manière comme beaucoup de fois, l’anodin peut être porteur de pressions, de sentiment de discriminations.
Encore aujourd’hui, même les couples alternatifs sont plus acceptés par la doxa que la personne seule, indépendante, se suffisant à elle-même.
De plus, l’encre a assez coulé pour dénoncer l’objectivation du corps des femmes. La publicité, la construction identitaire du genre alimentent incessamment cette croyance que par nos corps, nous incarnons La Jezabel malfaisante, tentatrice.
Nous sommes alors méritantes d’un sort tragique si nous ne nous soumettons pas ce corps, cette propriété du collectif.
Face à ses deux pensées, je questionne la notion de responsabilité. Je rumine des pistes de compréhension.
GO GO COGITO
L’émergence d’un tel mouvement de pensée ne m’étonne qu’à moitié.
Je m’explique.
Ne pas être en couple, peut devenir un stigmate. Ce stigmate peut alors nourrir un sentiment de honte, une perte de confiance, une sensation d’harcèlement de pression. Cela pourrait même enraciner un sentiment de culpabilité.
De là, une brèche de vulnérabilité peut se créer. L’humain a très souvent naturellement le réflexe de projeter la faute sur les autres, de peur, de devoir affronter ses sujets de malaise ou un processus de déconstruction de son éducation.
Donc si on conjugue cette brèche de vulnérabilité au message de mise à disposition du corps des femmes pour leur bénéfice sexuel, on peut engendrer des Incels selon moi.
Par contre, la chose qui me surprendra encore et toujours c’est que les hommes s’arrogent le droit de bafouer violemment notre intégrité corporelle. J’irai même plus loin, l’intégrité corporelle jugée relevée du féminin (et là je fais référence, aux femmes trans, aux homosexuels).
Le passage à l’acte violent m’insupporte, me révolte plus que tout. Je me noie parfois de rage dans cette limite franchie.
Je me rassure en me disant que pour l’instant, les Incels sont de l’autre côté de l’océan Atlantique. Des tentatives d’éteindre ce mouvement ont déjà été menées mais en vain. Ils reviennent visiblement plus forts, plus violents verbalement.
En France, actuellement on répertorie quelques mouvements masculinistes éparses.
Malgré la faible menace apparente, je ne peux qu’être alerte sur le potentiel de l’outil internet.
L’ère du numérique donne du courage, efface les frontières, permet à la haine de voyager très vite. Et de s’organiser à une vitesse souvent sous-estimée.
Pourrait on, pour une fois, faire de la prévention primaire ? et Surtout pourrait on enfin nous attarder sur un problème de fond, rendre notre corps au domaine de l’individuel et de l’intime ?
Cessons de le considérer comme sujet de la place publique de la société !
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[1] https://home-affairs.ec.europa.eu/system/files/2021-08/ran_cn_incel_phenomenon_20210803_fr.pdf
[2] https://home-affairs.ec.europa.eu/system/files/2021-08/ran_cn_incel_phenomenon_20210803_fr.pdf
[3] https://www.journaldemontreal.com/2018/04/25/quest-ce-quun–incel
