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Le féminisme en questions

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  • Post category:Le Cogito
5–7 minutes

Alors au fil de ce projet, on me demande d’aborder certains sujets. Aller c’est parti pour traiter ma première demande : C’est quoi être féministe aujourd’hui ? Comme un sentiment de gros mots, de honte quand on se définit comme telle/tel. Personnellement j’ai eu une période dans ma vie, où je me revendiquais ouvertement féministe.

Je ressentais ce stigmate de la relou de service où je devais justifier mon positionnement et arrondir les angles, en expliquant que mon approche se voulait modérée.

Je conscientisais alors la pression de brandir cet adjectif.

Avec le temps, l’enrichissement de mes lectures et de mes expériences de vie, cette définition de moi ne me correspondait plus vraiment pour plusieurs raisons.

La première est que je ne comprends plus tous ces courants et pourquoi ils se multiplient. Ils disent parler pour les femmes mais je ne me reconnais pas forcément dans tous. La deuxième c’est que j’ai désormais une œil plus critique des premiers mouvements. Du coup, le but de cette rubrique est de cogiter à chaud.

Moment définitions

Pour cela, je propose qu’on parte de la base : la définition du féminisme du Larousse et de la confronter encore une fois à celle anglo-saxonne, parce que c’est plus funky.

Le féminisme est selon le Larousse un : « Courant de pensée et mouvement politique, social et culturel en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. : Un féminisme actif. »[1]

Une espèce de courant philosophique prônant une approche évolutionniste du principe d’égalité. Une tentative maïeutique de la clairvoyance de l’humanité. Cette définition dégage une notion de libre adhésion. Ce qui déjà dans le fond me laisse un peu perplexe.

La version anglo-saxonne propose un autre niveau de vocabulaire pour définir le féminisme, elle parle de croyance, de conviction d’égalité.

“At its core, feminism is the belief in full social, economic, and political equality for women. Feminism largely arose in response to Western traditions that restricted the rights of women, but feminist thought has global manifestations and variations”.[2]

Ce qui me heurte encore plus car en lisant cela je ressens presque la capacité illusoire d’atteindre un rêve.

GO COGITO

Je pense à ces définitions et je me dis même qu’elles ne correspondent pas à la définition que je m’étais construite à une époque.

Ok, la notion d’acquisition de droits similaires aux hommes est présente. Les premières vagues féministes ont réussi à gagner les premières batailles de l’évidence ; quitte à assumer l’étiquette de grande gueule chieuses terrifiantes.

Pour ces vagues, je comprends qu’une vie subie, scrutée, sous tous les angles et sous prétexte d’être une femme, peut sembler que l’on soit en apnée constamment, que la poitrine et le crâne sont sur le point d’exploser à chaque seconde. Et que pour éviter l’implosion, cette énergie contenue fut exploitée pour ouvrir des portes juridiques et sociales pour prendre un grand bol d’air, de découvrir le sentiment d’être un être humain libre d’un minimum de ses faits et gestes.

Pourtant, parfois, avec toute l’empathie et le respect que j’ai pour mes aînées, je me demande parfois si ces combats de longue haleine, ne nous ont pas conduit sur une pente plus glissante.

Oui, ne nous sommes plus des mineures, oui nous pouvons travailler sans autorisations, oui nous pouvons avoir une indépendance financière, oui certaines violences faites aux femmes sont définies comme crime, oui (théoriquement) juridiquement notre corps nous appartient, oui nous pouvons être présentes dans l’espace public mais sommes-nous aussi libres que ces combats le visaient ?

En allant, chercher une égalité dans le domaine public qu’est le marché du travail, la société ne nous a pas exhortée des tâches qu’elle nous avait assigné des siècles plus tôt. Elle n’a d’ailleurs pas non plus effacé les pressions invisibles qu’elle a toujours fait sur notre corps et notre comportement.

On parle de charge mentale, de la double journée. Les articles traitant des inégalités de la répartition des tâches domestiques pullulent.

Alors que peut être le premier combat aurait pu être celui de la valorisation financière du travail domestique ?

Mais comment combattre avec recul quand on évolue dans des prisons dorées et que notre imaginaire mentalise un extérieur libérateur ? Oui les fights des premiers courants étaient nécessaires mais n’en manquait-il pas une partie ? Revenons en aux différents courants, il y en existe tellement qu’honnêtement je ne connais pas les tenants et aboutissants de chacun. Même certains courants se divisent en embranchement multiples. Comme des espèces de partis politiques foireux.

Ce que j’en dis

Du coup, quand je me remémore les définitions des dicos, je me dis qu’un mouvement ou une croyance se doit de rallier et non de diviser les forces vives.

Spectatrice perdue dans un film où les personnages prolifèrent autour d’une intrigue simple : Tout être humain devrait : avoir le choix d’avoir le choix, la pleine capacité de son corps et de son utilisation, le droit à son intégrité physique et mentale, le droit au respect, le droit à son indépendance et le droit de vivre sans crainte d’agressions ou contraintes quelle qu’elles soient.

GO GO COGITO

Toutefois, bien que j’ai l’impression d’écrire une évidence (genre la déclaration des droits de l’homme vulgarisée), comme dans la deuxième définition j’ai un sentiment profond de rêver d’une utopie.

Parce que dans la vraie vie nous sommes très loin de tout cela. Des espèces de miettes médiatiques nous donnent l’impression d’avancées, de changements de mentalités progressistes grâce à ces mouvements féministes.

 En parallèles de ces illusions d’optiques, on peut revenir sur l’avortement facilement aux USA, on accorde plus de droits aux papas même dans des situations de violences conjugales (il ne faudrait surtout pas couper le lien…. ), c’est encore les femmes victimes qui doivent fuir, c’est encore les mères qui doivent cumuler des multiples casquettes  avec la peur de perdre une indépendance financière ou d’être montrées du doigts comme une cumularde incapable.

Les différents courants féministes parlent d’empowerment mais que faire avec quand la justice ne suit pas et quand chacun a sa définition du process ?

Alors être féministe c’est quoi ? Des courants ? des combats dispersés, dilués dans des mésententes ? Une croyance ? un rêve ? une utopie ?

J’avoue que parfois, aux différents cycles de ma vie, quelques aient été mes convictions, j’ai du cogiter et militer pour cesser de subir des oppressions, parce que, femme je suis définie socialement. Peu importe mes choix d’actions, j’ai toujours eu le sentiment d’être trop ou pas assez selon les mouvements féministes. Le sentiment fort que mes positions trahissent ou ne trouvent pas approbations dans l’un ou dans l’autre de ces mouvements.

Malgré tout, j’aime me définir comme une idéaliste acharnée, qui attend le jour où tout.e.s les féministes comprendront que la dilution ne triomphe pas.

La clé salvatrice, selon moi, est un mouvement organisé, unique et fédérateur pour atteindre l’inatteignable c’est-à-dire selon moi l’évidence :

Le droit au respect, la valorisation et le refus institutionnel absolu des violences faites à l’essence même de l’humanité, les femmes.

Et ceci concerne absolument tout le monde.


[1] https://www.google.com/search?q=f%C3%A9ministe+d%C3%A9finition+larousse&rlz=1C1VDKB_frFR1041FR1041&oq=f%C3%A9ministe+d%C3%A9&aqs=chrome.2.69i57j0i512l3j0i22i30l6.5672j0j15&sourceid=chrome&ie=UTF-8

[2] https://www.britannica.com/topic/feminism

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