Cette fois-ci ce sera un cogito d’un genre différent.
Je veux juste revenir à un partage simple, à un moment d’expositions de pensées et de questionnement sans forcément arriver à un aboutissement.
Ces dernières semaines, j’ai une lu une enquête datant de moins de 5 ans sur le harcèlement des femmes au sens large. J’ai pu voir une vidéo d’une chanteuse qui remettait en place un homme qui lui demandait de retirer son short en plein concert, celle d’un comique qui essayait de parler de sa prise de conscience du sentiment d’insécurité des femmes en sortie nocturne, la chanson de Paris Paloma ‘Labour’.
Le livre d’enquête, « Harcelées » d’Astrid de Villaines, retient peu d’attention à mon grand désarroi. Ce livre, je l’ai acheté dans un magasin belge de seconde main. Ce n’était pas assez intéressant pour que ce soit une matière à conserver précieusement.
Peut-être les supers intellectuel.le.s s’appuieraient sur cette étude pour alimenter un point ou leur présentation lors de débat, de conférence, dans leurs rapports écrits. Du coup, pas accessibles à tous.tes.
Dans la vidéo de la chanteuse, Jenifer, on entend le soutien de son audience saluant sa réaction de remise en place en douceur mais ferme. Elle affirme haut et fort à juste titre, que les femmes s’habillent comme elles le veulent et aucun commentaire ou aucune action extérieurs ne sont requis. Comme la déclaration solennelle que le temps où les femmes restaient muettes face à ce type de comportement est révolu.
La vidéo du comique, Ilyes Mela, montre à quel point la conscientisation d’un point qui nous parait tellement évident, ne l’est pas pour ce jeune homme. Pour moi, ce qui a été encore plus dur à voir c’est que sa tentative a été avortée par une femme qui voulait spontanément affirmer par sa réaction, qu’elle ne se positionnait pas comme une victime. Peut-être souhait-il s’adresser aux hommes en dénonçant la dinguerie, l’anormalité de ce sentiment (ce sketch j’avais pu le voir en entier sur une autre vidéo).
Et la chanson de Paris Paloma, a soulevé des réactions tellement vives de la part de certaines femmes comme si elle avait posé des mots sur une rage, un sentiment de révolte de ce trop d’exigences pesant sur les épaules des femmes.
Comme si la prise de conscience de notre malaise, de notre mal être quotidien venait nous frapper en pleine figure. Nous sommes capables de verbaliser certains sentiments de trop plein. Toutefois, pas toutes parviennent les exprimer dans leur totalité.
Faisons une pause définition.
MOMENT DEFINITON
La conscience : Connaissance, intuitive ou réflexive immédiate, que chacun a de son existence et de celle du monde extérieur. C’est également la représentation mentale claire de l’existence, de la réalité de telle ou telle chose.[1]
Mal-être : sentiment de profond malaise.[2]
GO COGITO
L’enquête dénonce le niveau de violence des propos, des comportements masculins à l’égard des femmes.
Moi on m’a appris tout au long de ma vie, que la violence peut naitre de l’incapacité de gérer un sentiment de peur, de menace, de frustration, de jalousie, de colère, d’un manque de confiance.
Je suis peut-être naïve, mais ma plus grande difficulté est de saisir à quel moment dans la vie d’un homme, c’est devenu acceptable de tenir des propos révoltants ? Quand et qu’est-ce qui peut dans la tête d’un homme justifier des passages à l’actes violents, de forcer à la soumission ? A quel moment, le passage à la violence peut paraitre une réelle option de réaction peu importe le contexte de la situation ?
Alors, je repense à ces femmes remerciant cette chanteuse de mettre des mots sur leurs maux et cette autre chanteuse se refusant de baisser les yeux, à cet humouriste en prise de conscience.
Peut-être la réponse à mes questionnements est juste le manque de savoir et de dialogue.
Ces hommes, en manque d’apprentissage, de considération sociétale, ont à priori des parents et ont rempli à un moment de leur vie les bancs de l’école.
Est-ce que le cœur du problème sont des défauts d’enseignements du respect et de transmission du savoir, des apports des sciences et du savoir de l’autre ?
Pourquoi nos mères (et oui j’inclus la mienne) n’ont pas su expliquer à l’ensemble de leurs enfants, une femme ça se respecte, ça ne se consomme pas, ça ne se rabaisse pas ?
Pourquoi nos pères n’ont pas su faire autrement et utiliser leurs cerveaux pour contre carrer le patriarcat ?
Pourquoi les émotions « négatives » et leurs débordements ne sont tolérés et banalisés que pour une catégorie des êtres humains ?
Pourquoi laisse-t-on l’animal prédateur survivre chez les hommes au lieu de les inviter et les accompagner de l’autre côté de l’évolution ?
En me relisant, j’ai un sentiment de tous.tes victimes et tous.tes coupables.
CE QUE J’EN DIS
Aujourd’hui, à cause du patriarcat, la complémentarité des êtres humains a été hiérarchisée.
L’homme en peine de se gérer émotionnellement, penche presque instinctivement vers une défense primitive, qui ne peut passer que par la soumission de l’autre.
Et les femmes tellement accablées ont mis du temps à affronter leur force, l’étendue de leur compétence et leur valeur pour le collectif.
GO GO COGITO
Une avancée peut être rude, éprouvante et culpabilisante.
Je culpabilise de ne pas avoir fait plus avant, de ne pas avoir reconnue très tôt la lourdeur de la vie de ma mère, de mes tantes, de mes sœurs par leur statut de femme.
Je culpabilise de ne pas avoir pris la hauteur du problème de mon père et de mes frères, de la pression à la masculinité animale.
Je regrette de ne pas avoir déconstruit plus tôt les schémas du blâme de la femme et du respect absolu de l’homme.
Je regrette que la rage née de mon statut écrasé par tant de « labour » n’a pas tout de suite suffit à m’insuffler le courage et le sentiment de légitimité à parler haut et fort.
Je regrette que dans mon parcours scolaire, ce n’est qu’à la fac, que j’ai pu être sensibilisée à mon pouvoir d’agir. Et encore, de tout le corps enseignant, seule deux enseignants/chercheur.cheurse (une femme et un homme) ont endossé (à la marge) le rôle de guides.
Les regrets et la culpabilité peuvent d’être des déclencheurs de courage mais ne servent à rien pour analyser, proposer et agir.
Mesdames, afin que nous cessions d’être des potentielles victimes, il faut avant tout qu’il n’y est plus d’agresseurs.
Pour qu’il n’y ait plus d’agresseurs, laissons de la place aux hommes qui tentent de rejoindre le combat contre l’ignorance et pour le respect de tous.tes.
Mesdames, soyons tolérantes et bienveillantes à l’égard des un.e.s et des autres.
Messieurs, qui veulent avancer ensemble, acceptez une partie de la responsabilité de faire avancer les autres hommes.
Messieurs, vous pouvez aussi être complexes, capables, en gestion constructive de vos émotions.
Ce n’est pas une preuve de votre faiblesse mais bien de votre force.
Mesdames et Messieurs, devenons conscients collectivement du mal-être féminin, pour que les enfants de demain brisent les chaines que l’histoire et l’exercice du patriarcat nous ont infligé.
Commençons par deux compétences psycho-sociales : l’empathie et la communication.
Afin que les hommes, nos fils, nos pères, nos frères, nos amis deviennent conscients des siècles d’intériorisation de violences, de maltraitances, d’injustices, de soumission, de terreur, que les femmes ont intégré comme leur.
Ainsi toute cette souffrance ne sera plus un sujet de surprise ou d’incompréhension.
Chacun.e d’entre nous avons le rôle de nos vies à jouer pour tendre vers un monde de non-violent, de confiance et de réelle égalité.
[1] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/conscience/18331
[2] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/mal-%C3%AAtre/48874
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