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Femmes et pouvoir en questions

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  • Post category:Le Cogito
5–8 minutes

Ayé, c’est parti je me lance dans mon premier « hebdo cogito » : Femmes et pouvoir.

Sujet un peu touchy à priori et qui peut paraitre réchauffé.  

Que nenni ! je turbine à mille questions à l’heure.

Femmes et pouvoir, femme de pouvoir, le pouvoir des femmes, que font les femmes de pouvoir pour les autres femmes ? Qu’est-ce que le pouvoir ? De quels pouvoirs pourrait-on parler ? Celui des super-héros, et des pouvoirs magiques d’Harry Potter ?

Plus sérieusement, c’était un peu troublant de se pencher sur ce sujet parce que j’étais vraiment perdue sur la définition du pouvoir.

Moment définitions

Alors comme bonne élève que je suis, je vais dans les dictionnaires classiques et juridiques et je check même en anglais « what’s power ? ».

Le Larousse répertorie 7 définitions[i] qui se résument par:

  • La capacité ou la faculté à faire ou à produire quelque chose, une compétence.
  • Le pouvoir politique,
  • Le pouvoir hiérarchique (imposition par la force, la contrainte).

Le secteur juridique nous renvoie à la notion de procuration. Les anglo-saxons y ajoutent des nuances bien intéressantes à leur définition de pouvoir, la capacité de contrôle ou d’influence des gens.[1] Ils y associent la puissance ou l’énergie !

GO COGITO

Je me répète alors à haute voix « femmes et pouvoir », je cogite… .

Je réalise que les écrits, les podcasts, les émissions lient le pouvoir des femmes à la réussite politique et professionnelle, au degré de son influence et de la reconnaissance qu’elles obtiennent par le monde patriarcal. « Si elle est en arrivée là, c’est qu’elle a soit charbonné soit c’est une tronche ».

 Elles deviennent alors des modèles de femmes inspirantes, synonyme de transformation, d’évolution des représentations des femmes. Elles incarnent la réussite et le pouvoir sur leur vie et l’influence qu’elles exercent sur celles des autres.

Cependant, je sens qu’il y a encore quelque chose qui me titille dans ce constat. On ne peut évidemment que reconnaitre les défis relevés à évoluer dans des univers dominés par des hommes. Là, je m’interroge sur leurs difficultés une fois au sommet d’œuvrer pour le reste des femmes. Existe-t-il des sororités cachées ou invisibilisées ? Ce rapport de soutien et de solidarité féminine de mon point de vue semble cruellement absent.

Bien que cela m’interpelle, ce n’est pas cela qui me chiffonne le plus. C’est le fait de constater que pour être un modèle féminin, il faut avoir accompli de « grandes choses ».

Des choses que la société estime impressionnantes et pour lesquelles peu de femmes y sont arrivées. Ou alors avoir une plastique ultra séduisante mais là on est sur un registre superficiel (On pourra en causer dans un autre cogito).

C’est alors que ça bouillonne au fond de moi et une prise de conscience me déchire de l’intérieur.

Qu’est-ce que ça en dit sur le regard que l’on porte sur nos mères, nos grand-mères, nos sœurs, nos tantes, nos collègues, les femmes de notre quotidien (les hôtesses de caisse, les vendeuses, les étudiantes, les sages femmes, les infirmières, les serveuses, nos conseillères bancaires, les aides-soignantes, les institutrices, les éducatrices, les auxiliaires de vie, les auxiliaires petite enfance,  …. ) ?

En est-on arrivé à banaliser leur quotidien ? A ne plus voir qu’elles sont aussi des détentrices de pouvoir ?

Je pense qu’elles même ne se rendent pas compte de leur savoir et de leur potentiel.

Je reprends la définition anglo-saxonne du pouvoir « la capacité à influencer ou contrôler des personnes ».  Je m’interroge alors sur le fait que les femmes largement présentes auprès des nouvelles générations soit par leur métier ou par leur statut de mère ont le pouvoir d’accompagner, d’élever et d’éduquer les enfants du monde, de chaque nouvelle génération.

Elles ont le pouvoir physique et moral de créer cette humanité.

En effet, elles sont aux positions et postes clés. Toutefois, vu la manière dont les sociétés en général dénigrent leur travail soit par manque de reconnaissance, soit par manque de valorisations financières, elles sont dans une spirale du faire du mieux qu’elles peuvent et d’assumer le reste des composantes de leur vie d’une main de fer.

L’encre coule et les voix s’élèvent pour dénoncer la charge mentale des femmes dans tous les domaines de leurs vies et que les messieurs peinent à suivre ou à penser alors que leur planning est beaucoup moins rempli.

Mais peut-on enfin dire qu’elles sont toutes des modèles inspirant, bluffant, les vrais moteurs de l’humanité ?!

Crions enfin par exemple, qu’être maman en congé parental ou foyer, ça vaut plus que 400€ ou 0 € par mois selon les cas. Et non ce n’est pas un congé, ni des vacances. Ces femmes exercent leur pouvoir d’éducation et d’accompagnement des prochaines générations. Donc quand elles réintègrent le marché de l’emploi, elles n’ont pas pris des congés sabbatiques à Cabo.

N’oublions pas non plus de crier qu’être auxiliaire de puériculture ou CAP petite enfance s’occupant de nos bambins quand on doit retourner bosser pour l’intérêt du collectif sociétal vaut plus que 1100€ par mois. Ce sont des femmes qui ont destiné leur vie professionnelle à exercer également leur pouvoir et leur capaciter à influencer les prochaines générations. Ce ne sont pas des gardiennes d’enfants avec un logement de fonction.

Crions pour chacune d’entre elles quelques soit leur position ou leur métier !

Ce que j’en dis

Je veux dire, écrire haut et fort que chaque femme est une femme de pouvoir, pleine de puissance. Je souhaite que les phrases comme j’ai pu entendre dans les documentaires de l’INA, « maman s’occuper d’une famille et de son mari n’est pas un modèle de vie épanouissant » cessent.

Posons-nous la question pourquoi ce n’est pas épanouissant. Peut-être par manque de choix ? de valorisation du travail dit domestique ? J’ai l’impression que quand un homme décide d’assumer ces tâches et de prendre la casquette du parent au foyer ou de vouloir devenir infirmier, éducateur ou instituteur, il devient une licorne à admirer. On le félicite de son contre-pied à coup « ça fait du bien d’avoir un homme qui fait ça, ça change ». Allant même jusque parfois réclamer la revalorisation salariale pour attirer ces messieurs dans les métiers dits du soin.

GO GO COGITO

Et pourquoi, ne félicitons-nous pas les femmes qui le font par la force d’un système patriarcal despotique ? Pourquoi quand une femme arrive à un poste de pouvoir elle doit le mériter parce qu’elle aura dû surmonter tous les affronts et défis qu’on lui a semé sur son chemin ? Et qu’au lieu d’un tapis rouge d’admiration elle doit sans cesse dresser un bouclier de protection.  

Et pourquoi, nous, femmes du quotidien, notre travail domestique, notre contribution sacrificielle pour l’ensemble de l’humanité sont vus comme des évidences à minimiser voir à gommer ?

Alors toutes ces cogitations mettent selon moi en exergue une erreur monumentale qui serait temps de corriger.

Mesdames, nous sommes absolument toutes des femmes de pouvoir et je pense sincèrement qu’il est nécessaire d’en prendre toutes conscience.

Beaucoup le savent et s’appuient sur la violence du système patriarcal afin de nous maintenir dans la position du genre faible.

Ces mêmes personnes ont bien compris depuis longtemps que notre pouvoir est immense. Il est temps à notre tour de le conscientiser. La gestion de nos vies et de notre charge mentale n’est plus à voir comme un poids mais comme la force et le pouvoir de tellement accomplir.

Je ne dis pas qu’il faut stopper la lutte pour le partage de cette charge, je dis juste que cette capacité que nous avons, prouve clairement que nous sommes capables de l’infiniment plus, ensemble.

Nous ne sommes pas des femmes invisibles mais incontestablement des héroïnes puissantes aux pouvoirs illimités !


[1] https://dictionary.cambridge.org/fr/dictionnaire/anglais-francais/power

[i] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/pouvoir/63206

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