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Fatou, la femme du changement.

Partie 2.

Bouche Fatou 2

Avec le temps, son inscription dans les sociétés occidentales, dans lesquelles elle évolue, enrichit et brouille en même temps son moi. En effet, elle conscientise l’intersectionnalité de sa personne : femme noire musulmane. Un cumul de terreaux discriminants, qui sera toujours couvert par le cadre juridique et le principe de liberté d’expression.  Elle est au minima une femme noire. A travers son temps et ses espaces, elle observe, elle critique et sent le changement mais craint des manquements.

Elle salue le chemin parcouru pour que les femmes d’aujourd’hui ne souffrent plus d’un manque de confiance ou du manque de conscience de leur pouvoir.

En Angleterre, elle voit ce « girl power » s’affirmer de plus en plus. Bien qu’elle approuve hautement de cette évolution, elle émet quelques réserves. Elle considère cette sensibilisation aux stéréotypes de genre trop concentrée sur le genre féminin. Elle souligne le manque d’accompagnement des petits garçons et des hommes. Les normes sociales de genre, on les a tous et toutes intériorisées. Le risque de basculer, vers un extrême, est une dérive qu’elle pressent.

L’égalité femme homme devrait exister mais ce n’est pas le cas.

Bien que les femmes d’aujourd’hui réalisent plus qu’elles valent autant qu’un homme, les hommes n’ont pas conscience que les femmes valent autant qu’eux.

Selon elle, d’un côté tout le monde est enfermé dans l’objectivation du corps des femmes. Les hommes y voient un objet de tentation, les femmes y voient une contrainte constante de contrôle. « Les femmes ont un pouvoir fou sur les hommes ». Elle les décrit fascinés par elles. Sa théorie c’est que cette fascination nourrit des craintes et des projections.

Conscients de leurs pouvoirs, les hommes ne sauraient pas gérer une femme si la violence du système patriarcal ne les tenait sous contrôle.

« Une femme qui est totalement contrôlé par un homme, c’est une femme qui n’a pas conscience de son pouvoir ! ».

Car oui pour Fatou, toutes les femmes sont fortes. même quand on peut y voir de la faiblesse, la puissance de sa force est immense. Elle choisit l’exemple de la femme avec un enfant victime de violence conjugal qui ne part pas.

Elle n’est pas faible, elle est forte. Elle a la force d’endurer pour protéger son enfant car le système judiciaire n’offre pas une protection absolue et certaine d’elle et son enfant. Elle encaisse ce qu’elle maitrise avec force parce qu’elle a quelque chose à perdre.

C’est pour cela que les femmes pour elles sont des sœurs, des mères, des tantes, une communauté au vécu commun pour laquelle elle n’a que bienveillance et respect. Pour laquelle son oreille sera toujours disponible même si les défis de vie de chacune ne sont pas toujours les mêmes ou ne représentent pas toujours les mêmes enjeux.

Malgré sa lutte, malgré ses réussites, ses bravades, Fatou ne nourrit pas un sentiment d’accomplissement vu que son passé est encore très présent dans sa vie. Fatou une femme fatiguée de la révolte.

Pourtant, Fatou est à mes yeux, la femme du changement : le sien, celui des autres et une sage conseillère des prochaines générations grâce à sa révolte.

En refusant les limites assignées aux femmes, elle ne se rend même pas compte qu’elle a déjà suivi le conseil qu’elle se donnerait adolescente : soit toi et ne te limite pas.

La clé du changement selon Fatou ? L’éducation, le seul vecteur capable d’enseigner que « La masculinité c’est autre chose que la domination. Être un homme ce n’est pas dominer une femme ».

Chaque genre a un pourvoir sur l’autre mais comme tout pouvoir, il savoir en user à bon escient.

Elle conclura par un simple : « Le pouvoir est entre nos mains. Détermine ce que tu veux en faire ».