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Fatou, la femme du changement.

2–3 minutes

Partie 1

Il était une fois, Fatou, femme musulmane de 38 ans, française d’origine gambienne. Elle a quitté le royaume de France pour tenter sa chance au Royaume-Uni.

Quand je lui pose la question du féminin et de sa construction identitaire, elle se raconte de plusieurs manières, par plusieurs approches.

Fatou enfant, elle a oublié ou se souvient de très peu. Le décès de son père en est peut être la cause. Baignée dans sa culture d’origine, elle en comprend vite les codes et les attentes. Elle comprend vite que, même si elle a le choix de se réaliser dans n’importe quel domaine professionnel, sa famille attend d’elle qu’elle se marie. Comme si elle ne pouvait pas prétendre à mieux que le mariage. Une perspective qui ne l’enchantait guère. Peut-être s’est-elle dit à un moment : pourquoi pas mais … plus tard ?

Petit à petit, la construction sociale de son féminin commence. Une liberté dans ses choix mais pas dans sa destinée de femme.

Et plus tard a été trop tôt. A 16 ans, on la marie au « bled ». Elle avait l’espoir de faire changer d’avis les membres de sa famille initiateurs de ce mariage que l’on peut qualifier de forcé. Cet espoir fut son plus grand regret. Avec recul, elle se surprend à imaginer une résistance basée en France, mais de ses yeux d’adolescente, l’enjeu et la peur de perdre sa famille paraissaient insurmontables.

Cette épreuve harassante fut le début de son combat pour son intégrité. Elle était mariée mais elle ne le restera pas et elle ne se remariera pas. Elle résista, négocia, batailla mais elle réussit à défaire ce mariage porteur de tellement de trauma.

« Je voulais choisir ma vie mais aujourd’hui même si j’ai réussi à faire ça, je vis avec les conséquences de ces épisodes de vie. Ma soumission n’a jamais été une alternative ».

Son combat de survie servira aux générations suivantes. Elle a ouvert une porte que les plus jeunes pousseront vigoureusement. Les anciens garants, jusque-là, d’une violente tradition ne peuvent désormais que devenir défenseurs du choix de chacune pour ne pas perdre leur sentiment de contrôle.

« On ne nait pas femme, on le devient » (Cf. Simone de Beauvoir). Le genre, Fatou percute, elle entend mais aucun écho ne vibre en elle. Elle ne trouve pas son sens en apparence.

Dans ses réponses et réactions, elle oscille dans son évolution d’identité féminine entre une définition de la femme presque naturaliste, tout en admettant la part de l’éducation sociale.

« Je suis femme mais je ne me suis jamais vraiment sentie femme. Je suis coupée de ma féminité. Mon rapport corps/féminité est compliqué ».

En effet, une découverte violente nécessite une coupure d’oubli de sa capacité reproductrice.

Après cet épisode prenant de sa vie, Fatou poursuit le développement de son féminin. Parcours rempli de questions et d’analyses. Ses expériences communes aux autres femmes (un peu comme Mathilde) : les hormones, leur cyclicité, la pensée féminine sont aussi des éléments de définitions assez prégnant chez elle.

Elle est aussi femme par ce qu’on projette sur elle, sur nous. Les rôles et les limites attribués au genre féminin participent complétement à la construction sociale de son genre.

Être femme pour Fatou, c’est un mélange de nature et de culture.

To be continued…

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