Chrystine, une femme de 60 ans, a vécu et été témoin de plusieurs générations de femmes. Dès son plus jeune âge, à 10 ans, elle est confrontée à la violence sexuelle des hommes. À 19 ans, elle affronte la violence et la maltraitance physique. Armée de courage et d’un sac, elle fait le choix le plus important de sa vie : mettre des milliers de kilomètres entre elle et son agresseur.
Son leitmotiv : se débrouiller seule. La vie passe, Chrystine évolue, se met en couple et a un enfant. L’enfant du passage de l’enfance à l’âge adulte, de l’enfant à la femme. De cette union, il ne lui reste que le plus précieux : son fils. Le tournant qui l’a rendue femme. Devenir femme, c’est devenir responsable, adulte.
Cette dernière relation amoureuse a ancré en Chrystine une profonde vérité : les femmes sont tellement fortes, tellement capables, qu’elles en font peur. Ces forces de la nature, capables d’enfanter et d’accoucher, détiennent le pouvoir de la vie, un pouvoir terrifiant pour certains hommes. Et cette peur, ils tentent de la maîtriser en soumettant les femmes par toutes formes de violences, les rendant serviles par la crainte constante du coup. De là est né le patriarcat, selon elle.
« Les hommes ne sont pas plus forts que les femmes, simplement plus manipulateurs ».
Chrystine pense qu’au fil des siècles, ce patriarcat a transformé la culture en nature. Les hommes sont programmés à adopter une attitude de coq de basse-cour, et les femmes à se résoudre à toujours se mettre en arrière-plan.
Aujourd’hui, et depuis des siècles, les femmes ne se rendent même plus compte qu’elles perpétuent cette domination masculine en faisant preuve de jalousie, d’envie, de malveillance ou de compétition entre elles. Elles ne sont même plus conscientes de leur pouvoir.
Pour Chrystine, quoique fassent les femmes, elles finissent toujours par être une proie, à disposition pour que les hommes puissent en abuser allègrement. Malgré sa compassion et sa compréhension des enjeux, au fond d’elle, elle n’a qu’une envie : secouer ces femmes, les pousser à leur indépendance absolue.
Oui, elle souhaite les inspirer à être la force absolue, la femme indépendante, qui se suffit à elle-même dans tous les domaines. La femme forte par excellence, c’est ce qu’incarne Chrystine. C’est ce qui l’habite : sa réussite professionnelle, sa résilience, sa réussite éducative avec son fils, sa plus grande fierté. Elle ne doit sa vie qu’à elle et à sa force.
Elle rêve d’un monde où les femmes et les hommes soient sur le même pied d’égalité, mais le chemin est encore long et l’éducation seule ne suffit pas. Elle déplore que la tâche soit si immense, touchant plusieurs niveaux de la société : les médias, les représentations dans les médias, les décisions gouvernementales et législatives souvent inacceptables, l’éducation, la sphère familiale, etc.
Malgré l’ampleur de la tâche, elle ne désespère pas. Elle se dit qu’un jour, peut-être, cette égalité arrivera, mais ce jour est bien trop loin pour l’annoncer avec certitude. En attendant, elle œuvre à son échelle avec son fils, en lui inculquant les principes de respect de base :
« Respecte les femmes, ne les frappe pas, aide-les. Ce n’est pas parce que tu as un morceau qui dépasse que tu es plus fort qu’elles. »
Chrystine, sa vie de femme, elle l’a vécue en traversant de nombreuses épreuves. Elle est fière et ne porte que peu de regrets. Uniquement celui de l’amour : celui mal exprimé à son fils et celui de l’amour absent, celui qu’on voudrait recevoir de sa propre famille. Toutefois, cela ne l’a pas empêchée d’en ressentir et de se construire avec.
Sa vie, son histoire, ses batailles, ses réflexions, sa sagesse, son indépendance, sa conscience, son intelligence : tant de forces qui font d’elle un exemple de femme indéniablement forte à suivre. Osons alors l’écouter avec respect quand elle nous exhorte :
« Allez, les femmes, bougez vous, vous pouvez y arriver ! »
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